Enfin un peu de vacances pour reprendre le fil de mes lectures ! Il trainait depuis longtemps dans ma pile de livres à lire : c’est désormais chose faite. Americanah, de l’irrévérencieuse Chimamanda Ngozi Adichie.

Ifemulu quitte le Nigeria pour étudier à Philadelphie. Derrière ce choix se dissimule un grand espoir : celui de faire fortune, d’aider sa famille et d’obtenir un avenir à la hauteur de ses espérances. Des rêves qui se conjuguent avec beaucoup de personnes. Mais derrière la vitrine de l’étranger se cache souvent d’étranges désillusions : le rêve américain n’est pas toujours bilingue et laissera sur sa peau une définition particulière… Celui du racisme.

Problématique dense et encore plus particulièrement dans l’historique des Etats-Unis. Mais grâce à son voyage, Ifemulu affinera sa maturité en passant par cette étape cruciale : la quête de son identité. Elle apprendra à nommer les choses et découvrira par exemple la dépression : maladie qui n’a pas de nom dans son pays et qui donc, n’existait pas. L’autrice décrit cette forme de culpabilité que l’on peut ressentir à s’attarder sur ses maux, ineffables, particulièrement quand la sensibilité d’un individu n’est pas toujours considérée, comme au Nigeria. Des prises de consciences, aussi, de la dureté de la vie, des choix qui en incombent. Il y a aussi beaucoup d’humour dans ce roman, qui est à l’image de la vie, une valse de doutes, de rires, de pleurs et de joies.

Des histoires de coeur, aussi, dont une qui la suivra tout au long de ces 15 années, à distance. Silencieuse. Obinze, son premier amour, qu’elle a laissé derrière elle pour finalement rompre tout contact. Le récit alternera son point de vue et celui d’Obinze, pour nous faire voyager dans leurs quotidiens de nigérien expatrié : l’Angleterre se rajoutera au décor.

A travers des dialogues impactants, elle décrit les discussions stériles des « riches » et de cette volonté, puante, de toujours vouloir parler de ce qu’ils ne connaissent pas, respectant l’impératif d’avoir une opinion. Elle décrit parfaitement cette sensation visqueuse, que l’on peut ressentir parfois lorsqu’on discute avec des personnes qui ne connaissent pas ce genre de problématique. Ses personnages traitent les sujets à l’envers, ils voyagent dans l’espoir de faire une expérience pseudo-sociologique : elle met la plume là où ça fait mal, sur cette forme d’autosatisfaction qui nourrit ces experts en tourisme. C’est vrai que c’est assez exaspérant, mais je me demande ce qui est le pire : cette hypocrisie à peine assumée ou l’indifférence totale au reste du monde ? A défaut d’avoir la réponse, nous avons dans les textes de Chimamanda le beau reflet d’une réflexion à la fois juste, profonde et mélancolique.

Americanah est un roman complet, qui tisse des sujets avec une dextérité de plume fascinante. Plongez-vous dans ce pavé de plus de 500 pages et partez à la découverte des différences culturelles, et plus particulièrement des conditions de vie des expatriés nigérians (Etats-Unis comme Europe). Si il n’y a qu’une seule résolution à prendre en 2019, c’est bien de vous attarder sur les ouvrages de Chimamanda Ngozi Adichie !