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Never Alone © DR

Horreur et damnation ! Les jeux vidéos ! Il est vrai qu‘ il intrigue et interpelle ceux qui ne le pratiquent pas. Qu’est ce qu’un jeu vidéo sinon une perte de temps ? Pourquoi s’enfermer seul devant sa télé, avec sa bouteille de bière et sa pizza 4 fromages pour jouer alors que, je cite Laure Manaudou, « qu’il y a des gens à qui parler » ? Communiquons ! Il y a tant de chose à dire. Finalement, c’est l’illustre Nagui qui nous offre sa définition du jeu-vidéo, que je recommande à tous les dictionnaires :

« C’est juste la tristesse de ne rien faire » (Nagui)

Avouez que c’est joliment dit. Ca sonne comme un vers, un alexandrin réveillant nos élans de mélancolies les plus profonds… Ok, j’arrête l’ironie. Vous vous demandez surement pourquoi je vous cite ces deux personnalités bien connues du champ médiatique ? Ce n’est pas par admiration mais plutôt pour faire référence à l’émission de France Inter d’octobre dernier. Peut être en avez-vous déjà entendu parler ? Je vous mets à disposition la vidéo de l’enregistrement et je vous invite à vous laisser bercer par cette belle émission remplie de gens trop cools qui sont trop rigolos.

« Et les geeks ils préfèrent pas aller faire une partie de basket où ils transpirent vraiment plutôt que de se mettre devant la télé ? » (Laure Manaudou)

 A chacun son adrénaline Laure. Pour certains elle se trouve dans le jeu vidéo. Pour d’autres, dans l’action de voler des « Mickey » à Disney Land.

ManaudouTwittSilence ! Nagui prends la parole : « Nous avons des lecteurs de livres »Pourtant, nous sommes sur un blog littéraire et nous évoquons le sujet. Je suis convaincue que le « nouveau  littéraire » est joueur de jeu vidéo. Mais sa remarque reste néanmoins intéressante. Quelle différence entre lire un livre et jouer à un jeu ? L’expérience de lecture, en quoi consiste-t’elle ?

En la solitude. Nous sommes seuls devant un texte, nous nous y immergeons comme dans une bulle. Certes, à tout instant, nous pouvons aussi en sortir, relire une phrase à voix haute, la partager à la personne qui est à coté de nous, en discuter, débattre en cours ou sur internet…

« Après le plaisir de posséder des livres, il n’y en a guère de plus doux que d’en parler. » (Charles Nodiers).

L’expérience du jeu vidéo se fait aussi dans la solitude et pourtant, ce n’est pas tout à fait vrai. Déjà, nous pouvons jouer à plusieurs, à distance ou en invitant ses amis. Je me vois mal organiser une soirée lecture chez moi, ou chacun devrai lire le même livre en même temps. Jouer n’isole pas plus que la lecture d’un livre. L’addiction ? Il existe de la boulimie littéraire, même si évidemment dans le domaine du jeu il existe des cas extrêmes de « no-life » qui n’arrivent pas à se sociabiliser ect… Ce qui est dérangeant ce n’est pas tant le temps passé à jouer, c’est la question de l’utilité. Est-ce utile ? Pour la lecture, la réponse est facile car la littérature est reconnue comme nourriture de l’esprit :

« L’esprit qui ne lit pas maigrit comme le corps qui ne mange pas » (Jean-Paul Sartres)

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Never Alone © DR

 

C’est un argument d’autorité. Pourtant cela ne signifie pas que TOUTES les lectures soient bonnes… Il y a des livres qui ne valent absolument pas la peine d’être lus et qui ne vous apporte pas nécessairement quelque chose. Avant que vous ne me fustigiez sur place, je me permets de citer Céline (pour être tranquille). Dans un enregistrement daté d’octobre 1957 il déclare :

« Je me dis que ce que l’on fait ce sont des romans inutiles, parce que ce qui compte c’est le style, et le style, personne ne veut s’y plier ». (Céline)

Aujourd’hui, de plus en plus d’auteurs écrivent comme ils parlent pour raconter des histoires étrangement prévisibles. Pas tous heureusement ! Mais ne les oublions pas. Car quel est leur objectif ? DISTRAIRE. Et nous en avons besoin aussi de cette bonne lecture légère. Le jugement de valeur d’un ouvrage n’a donc pas de réel intérêt, puisque le livre n’est pas synonyme de littérature.

Si nous comparons, il en est de même finalement pour le jeu vidéo. La question n’est pas de nier les « dangers » du jeu, mais plutôt de comprendre à quel point ces arguments ont fusionnés avec des clichés. Finalement, le jeu vidéo, le livre, sont comme les films : il y en a de très bons, des blockbuster, des navets… Car c’est un jeu, justement, et il a vocation à DISTRAIRE lui aussi. Et, de plus en plus, il le fait de manière ludique.

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Never Alone © DR

Transition. J’en profite pour vous en citer un qui viens de sortir : Never Alone. J’avais envie d’écrire sur ce sujet depuis quelques temps, et, en découvrant ce magnifique projet, j’ai eu envie de jouer sur l’ironie de son titre (Never alone, contrastant avec l’idée de solitude devant un écran) pour vous introduire à la fois à la notion de jeu et à découvrir celui-ci. Vous savez-tout.

Never Alone, c’est un conte qui vous invite à voyager en compagnie d’une fillette et de son loyal renard blanc. La trame de l’histoire s’articule autour de sa volonté de sauver son village, qui a été détruit par un personnage énigmatique. A la fin de chaque niveau, vous obtenez un documentaire de quelques minutes, vous permettant de découvrir la culture Inuptiat dans son ensemble : leurs habitudes, leurs croyances comme leurs espérances. Car, le point important est que ce jeu s’est forgé par l ‘intermédiaire d’Inupiats en personne ! Ils ont participé à sa mise en place. Ce jeu est donc bien la preuve qu’il est possible de vivre une expérience interculturelle hors-du-commun à travers l’expérience vidéo-ludique qu’est le jeu vidéo.

Jeu vidéo et culture ? Une rencontre non pas improbable, mais destinée.