Riad Sattouf, aux éditions Allard

Peut être connaissez-vous Riad Sattouf pour son film  Les beaux gosses ou encore La vie secrète des jeunes. Mais aujourd’hui, en ce merveilleux 15 août pluvieux, parlons du premier volume de l’Arabe du futur.

Je m’appelle Riad. En 1980, j’avais deux ans et j’étais un homme parfait .

Premières lignes de l’ouvrage et déjà, première forte impression. Cette bande dessinée est une histoire, de celles que l’on peut vanter comme étant vraie. – Et quelle histoire ! –

On a du mal à se détacher de cet ouvrage, qui de par son exotisme nous emporte d’un seul souffle, comme ça. Nous sommes au début des années 1970. Abdel-Razak Sattouf a obtenu une bourse pour faire sa thèse à la Sorbonne – easy- . Il rencontre ainsi la mère de Riad. Ils repartent finalement à Tripoli, alors que le petit Riad, tout blond – oui c’est un détail important – , viens de naître. Nous voici maintenant dans l’histoire du communisme, de la Libye de Khadhafi à la Syrie d’Hafez Al-Assad…

Alors vous êtes content en France avec Mitterand ? La prochaine étape, c’est les cocos haha ! 

Ce qui m’a semblé le plus frappant, c’est cette mère et l’amour qu’elle porte à son mari. Elle le suit, de la Libye à la Syrie. Elle ne se plains pas lorsqu’a Tripoli, elle aborde sans doute pour la première fois une logique communiste, fortement appliquée. Il n’y a pas de serrures, la propriété privée n’existe pas. Elle ne bronche pas lorsqu’en rentrant de promenade, elle retrouve d’autres personnes « chez »  eux. Celles-ci ont envahis les lieux. Les affaires de la famille ont été soigneusement laissées devant l’entrée – merci ! – . Je répète : Il n’y a pas de serrures. Cette peinture de la mixité culturelle fait mouche. Par exemple, en Syrie, personne ne termine la construction de sa maison. Bien sur ! Une maison construite fait l’objet d’impôts – Tu m’étonnes ! – .  L’ouvrage ne manque pas d’humour…

« C’est lui, c’est Georges Brassens… Il est très célèbre… C’est un vrai Dieu en France. »

Je ne comprenais pas ce mot. Mais depuis ce jour, quand j’entends Dieu, je vois la tête de Georges Brassens.

L’arabe du futur, c’est l’arabe éduqué. Voilà le souhait profond du père – voir son obsession – : un arabe éduqué capable de se sauver de l’obscurantisme religieux. Pourtant, ce si brillant papa n’en est pas moins lui-même victime. A travers les yeux de l’enfance, nous découvrons l’absurde et les contradictions d’un père qui, pourtant très cultivé, craint Satan, les fantômes et ne cache pas ses convictions racistes – lui, qui pourtant, en est également victime ! – . Décidément, cet ouvrage n’est pas si éloigné du Candide d’un certain Voltaire…

Riad Sattouf pénètre dans l’auto-fiction pour finalement nous offrir des planches imprégnées de jaune, bleu, vert, rose… Un style et un dessin aux allures simples pour aborder un sujet sombre. Il n’y a pas à dire, les mots clés de cet ouvrage sont « contradictions », « paradoxe ». C’est à travers le regard d’un Riad enfant que nous suivons progressivement cette petite famille et surtout, ce papa omniprésent, si brillant.

Ce premier tome s’annonce très prometteur. Son charme vient principalement de cette vision faussement légère de l’enfance, pour finalement aborder des sujets très sérieux. C’est au lecteur de déjouer ces petits pièges pour comprendre toute la richesse qui est capable de naître lorsque deux cultures, non seulement se rencontre, mais aussi s’épousent et s’aiment.