coup de coeur Je vous présente fièrement donc l’un des rares auteurs encore en vie –c’est glauque dit comme ça- que j’ai plaisir à lire. Il y a ici de belles idées, puissantes, sans la prétention que je reproche souvent à d’autres auteurs. Dans ce petit ouvrage de 150 pages, on est absorbé par ses lignes, au tracé profond et juste.

François Clément est professeur de philosophie. Il est contraint de quitter Paris pour enseigner à Arras, capitale de l’agro-alimentaire. Déçu par ce nouveau rythme de vie, loin des paillettes parisiennes, il lui faudra un certain temps pour s’adapter. C’est dans ce contexte qu’il rencontre Jennifer, coiffeuse. Alors que beaucoup d’éléments les opposent, ils deviennent amants. Mais dans les coulisses des pensées du narcissique François, il n’y a pas la lumière à tous les étages…

Je m’étonnais que son mauvais genre ne m’ait pas fait honte plut tôt, que je ne m’en sois encore jamais avisé, et je me disais que, sans doute, il y a des êtres que nous ne pouvons aimer qu’à certains endroits, et que c’est à Arras que j’aimais Jennifer, seulement à Arras, dans un périmètre allant de la rue Augustine à ma chambre d’hôtel.

Vous l’aurez compris, le personnage principal est des plus désagréables. On pénètre au fur et à mesure dans les entrailles nauséabondes de ses pensées, la cruauté simple de ses préjugés. Peut-on aimer quelqu’un qui n’est pas de son genre ?

Ne mentez pas, on vous a surement déjà interrogé à ce sujet : Quel est ton genre ? Souvent cette question s’est présentée avec un ton superficiel : T’es plutôt sportif de haut niveau ou geek super bricolo ? Plutôt brune ou blonde ? A l’heure où les sites de rencontres affluent, cette notion de genre est un terrain fertile. « Exigez des rencontres de qualité », voilà l’exemple parfait d’un slogan de plateforme de rencontres que l’on peut entendre à la télévision, radio… Mais qu’est ce qu’un genre, un type ? Philippe Vilain se pose la question et nous invite à la réflexion.

Comme Jennifer, Kant aurait sans doute su estimer Kate Moss Belle absolument, c’est-à-dire belle pour tous.

Jennifer, la jolie coiffeuse, est pourtant loin d’être sotte. La seule différence, c’est qu’elle ne sait pas qu’un philosophe a écrit, avec des mots certes plus savants, ce qu’elle prononce naïvement. Il l’aime, pourtant, notre petit François Clément ! Mais il l’aime d’un angle infiniment Proustien. Il la rêve.

Ce livre est pour vous, oui vous, qui pourraient avoir encore la pensée naïve que l’amour est fruit de vertu, loin de tous les carcans sociaux. Voilà donc un merveilleux livre, d’une belle mélancolie qu’il vous faut absolument lire ! J’insiste.